Salut à tous
On termine notre tour d'horizon des modèles marquants dans l'histoire du mono "pintail" en apothéose avec la cerise sur le gâteau, que dis-je le chef d'oeuvre ultime !!! Non, je déconne...
Je veux bien entendu parler du très attendu JONATHAN.
L'histoire de cette marque est assez... pittoresque. La société SXINGBO qui la commercialisait n'était visiblement pas spécialiste en ski (et encore moins en snowboard ou elle tentera la même opération avec beaucoup moins de succès), mais avait par contre une certaine avance sur son temps en terme de stratégie du capitalisme moderne: inonder le marché grand-public avec un produit abordable, rendu possible par une RND limitée à une synthèse plus ou moins heureuse de ce que faisait la concurrence et une fabrication industrielle de piètre qualité dans un pays à bas coût de main d'oeuvre.
La planche était donc le tout premier monobloc injecté fabriqué en Hongrie et distribué entre autres par les enseignes SPAO (aujourd'hui rachetée par Go Sport) et justement GO SPORT. On peut donc déjà en déduire que soit mon informateur a mauvaise mémoire, soit le "Made in France" fièrement inscrit sur les planches est une entourloupe classique omettant soigneusement de préciser que cette mention ne concerne que la déco, effectivement réalisée par une société grenobloise...
Et donc après avoir tâté le marché en faisant fabriquer ses premiers modèles chez Head comme on l'a vu dans le dernier épisode, la marque présente en 1988 son tout premier 100% Jonath décliné en 3 tailles: 170, 180 et 190.
Si au premier regard le produit offre un aspect flatteur avec un joli look d'époque parfaitement tendance, tout n'a malheureusement pas été copié au bon endroit...
Fortement inspiré du Head (pour rester poli...) le shape n'en reprend malheureusement pas les évolutions bienvenues et conserve les indéboulonnables 7cm de pintail du Rossignol en encore plus étroit: 22,7 / 17,9 / 15,7 .
Et encore, à condition de mesurer le centre à l'endroit ou il est le plus opportun et non-pas à celui indiqué par les marques de centrage qui souffrent du syndrome déjà évoqué chez d'autres en étant trop reculées de 3cm environ... Même si ça ne se voit pas sur la photo d'illustration d'une planche montée par quelqu'un de compétent. Mais en zoomant on voit l'esbroufe...
En revanche l'avantage indéniable est le poids: la fabrication en injecté permet de gagner entre 500 grammes et 1 kg par rapport à la concurrence, chose non négligeable à cette époque ou les planches sont particulièrement lourdingues...
Les débuts sont pour le moins chaotiques: outre le fait que les spécialistes voient arriver avec horreur un produit GRAND PUBLIC (

) fabriqué dans une technologie nouvelle (donc forcément à ch... sans avoir aucun besoin de l'essayer), les planches souffrent d'une multitude de défauts de jeunesse qui ne peuvent que confirmer ce mauvais à-priori:
- Horriblement fragiles elles cassent à la première sortie (cf expérience de Pel un peu plus haut dans le topic) ou explosent au moindre choc. En particulier le tail qui apprécie très peu les bourougnes qui marchent sur la route en jetant la planche devant eux à chaque pas pour ne pas la porter.
- Un défaut récurrent de fabrication rend les spatules tuilées à un point qu'on pourrait penser à une conception personnelle inspirée du ski nautique...
- Sans doute dans le but d'augmenter la résistance aux rayures la semelle est composée d'un plastique quasiment aussi dur que le topsheet... Et outre le fait qu'elle refuse obstinément de boire tout fart qui se retrouve sur la piste au bout d'une demi descente (défaut pas rédhibitoire, personne ne fartant...) elle se décolle parfois complètement comme on enlève la protection d'un sticker et reste sur la piste pendant que l'utilisateur pousse sur les bâtons en se demandant pourquoi ça glisse subitement beaucoup moins bien...
- Et enfin le mauvais positionnement des fixations ne peut que générer le problème de comportement classique dans ce cas: planche pataude à l'inscription en "courbe" et à l'appuis sur l'arrière inexistant, conduisant à un ride en bouts de lignes droites entrecoupés de micro-appuis déclenchés d'un coup de rein prudent. Tout excès d'optimisme se traduisant inévitablement par une dérive de l'arrière impossible à maitriser.
Mais les choses progressent petit à petit: les planches acquièrent une solidité suffisante pour qu'un certain nombre existent encore de nos jours (même si elles restent toujours aussi sensibles aux chocs), le tuilage de la spatule disparait, la semelle est remplacée par quelque chose de plus conforme aux standards. Même si ça reste du 1° prix du coup sensible aux rayures, on peut pas tout avoir... Et si la marque n'a jamais corrigé l'emplacement des fixations un certain nombre de revendeurs s'en aperçoivent et les montent au bon endroit, comme on peut le constater sur de nombreux exemplaires en circulation.
Comme toutes ses concurrentes la planche est déclinée en plusieurs décos qui ne changent absolument rien. Désolé pour la qualité de certaines photos, on les trouve en tout petit sur internet...
De gauche à droite:
- Un modèle à la déco tellement torturée que j'ai jamais réussi à lire le nom inscrit en caractères "artistiques"...
- Miami Folies
- Niagara
- Déco identique au tout premier en gris/vert
- Déco jaune, apparemment sans nom...
Notez au passage les emplacements des fixs franchement disparates, le montage à la marque trop reculé étant parfaitement flagrant sur la "Miami Folies" 2° en partant de la gauche.
Et comme ses concurrentes elle sera déclinée sous d'autres micro-marques dont j'ai vu passer un certain nombre d'exemplaires sans me souvenir de leur nom. Les plus courantes étant ces 2 TECHNO, peut-être la marque distribuée par SPAO
Mais la reconnaissance ultime viendra du choix de LOOK de leur faire fabriquer leur propre tout dernier modèle. Même si je soupçonne que l'objectif de planquer le poids des enclumesques Look MN livrées avec les planches et la bonne opération financière réalisée en achetant des planches 2 fois moins chères que chez les anciens fournisseurs Duret et Tua ne devait pas être étrangers à ce choix...
Et donc au final le pari pas évident à priori sera parfaitement réussi, la marque se hissant en tête des ventes devant tous leurs concurrents !!!

Toujours selon mon informateur bien sûr, que j'en profite pour remercier ici en même temps que le toujours aussi indispensable Rico qui a établi la connexion avec lui.
Malheureusement ce succès coïncidera pile-poil avec le déclin du monoski... Pas de bol !!!
Et les responsables de la marque tarderont visiblement à arrêter la machine qui crachait les planches en quantités industrielles, conduisant à de multiples exemplaires neufs jamais montés qui apparaitront au grès des vidages de cave pendant 30 ans. Et je suis sûr qu'il en reste...
En conclusion si ce modèle ne peut bien sûr pas figurer au firmament des chef-d'oeuvre du monoski, il ne mérite pas non-plus les multiples moqueries qu'il a toujours subi. Remplissant parfaitement son objectif initial de produit grand-public, même si il est décrié par les spécialistes plus pour son image que ses réels défauts. Le principal étant une tendance à vibrer désagréablement sous les sollicitations musclées.
Mais dans le cadre d'un débutant souhaitant s'initier à la discipline il est tout aussi légitime que beaucoup d'autres, avec un avantage incontestable en terme de poids. Particulièrement dans les petites tailles ou cet avantage est d'autant plus appréciable que l'utilisateur a un petit gabarit. Et que l'inconvénient de la faible largeur est beaucoup moins sensible avec des petits pieds et rend le shape plus équilibré: à cette époque peu de constructeurs avaient compris qu'un shape qui fonctionne bien est un équilibre entre la longueur et la largeur, et que quand on augmente la longueur il est donc judicieux d'augmenter la largeur en conséquence...
Voilà pour cet épisode ultime. La prochaine fois on clôt la période "pintail" avec une sélection de modèles plus intéressants que les autres à chiner sur les marchés aux puces. Inutile de préciser que pour ce qui est de rider d'ici là j'y crois plus du tout...
